Endométriose : et si ce n’était pas une maladie gynécologique ?
Repenser l’endométriose : au‑delà du simple “problème gynécologique”
L’endométriose est souvent présentée comme une maladie exclusivement gynécologique, définie par la présence de tissu semblable à l’endomètre en dehors de l’utérus. Cette vision est utile pour la chirurgie et l’imagerie, mais elle est très réductrice. Elle laisse de côté une réalité que beaucoup de femmes vivent au quotidien : douleurs digestives, fatigue chronique, douleurs articulaires, troubles immunitaires, hypersensibilité à l’alimentation, etc.
Dans cette approche, l’endométriose n’est pas considérée comme un simple “problème de règles” ou de « gynécologie », mais comme une maladie inflammatoire systémique, dont l’une des racines majeures se situe au niveau de l’intestin et du microbiote : la dysbiose intestinale.
Qu’est‑ce qu’une maladie inflammatoire systémique ?
Inflammation aiguë vs inflammation chronique
L’inflammation aiguë est un mécanisme de défense normal : vous vous blessez, la zone devient rouge, chaude, douloureuse. Le corps répare, puis l’inflammation se résout. À l’inverse, l’inflammation chronique est une inflammation de bas grade, persistante, parfois silencieuse. Elle n’est pas assez intense pour provoquer une « grosse » réaction visible, mais suffisamment pour entretenir douleurs, fatigue, hypersensibilités et dérèglements immunitaires.
Dans l’endométriose, de nombreuses données suggèrent un terrain inflammatoire global : cytokines pro‑inflammatoires élevées, stress oxydatif, perturbations immunitaires, douleurs parfois diffuses (digestives, articulaires, musculaires). Ce tableau est difficile à expliquer si l’on réduit la maladie à de simples “lésions pelviennes”.
Une maladie qui dépasse largement le bassin
Beaucoup de femmes avec endométriose décrivent des symptômes qui sortent largement du cadre gynécologique :
- ballonnements, colopathie, syndrome de l’intestin irritable ;
- douleurs digestives, troubles du transit ;
- douleurs articulaires ou musculaires, sensations de « corps enflammé » ;
- fatigue profonde, parfois proche de la fatigue chronique ;
- hypersensibilités alimentaires ou réactions inexpliquées après certains repas.
Ces manifestations sont plus cohérentes avec une maladie inflammatoire systémique qu’avec un trouble strictement localisé à l’utérus ou aux ovaires.
La dysbiose intestinale : une hypothèse centrale
Microbiote intestinal : un organe à part entière
Le microbiote intestinal, c’est l’ensemble des bactéries, champignons et autres micro‑organismes qui vivent dans notre intestin. On sait aujourd’hui qu’il dialogue en permanence avec le système immunitaire, le système nerveux, les hormones. Lorsqu’il est équilibré, il contribue à la régulation de l’inflammation, à la qualité de la barrière intestinale et à la bonne digestion.
Lorsqu’il est déséquilibré — on parle alors de dysbiose —, certaines espèces se multiplient au détriment d’autres, la barrière intestinale devient plus perméable, et des molécules pro‑inflammatoires peuvent passer dans la circulation. C’est là que commence ce qu’on appelle parfois l’inflammation de bas grade.
Dysbiose, perméabilité intestinale et inflammation
Dans une dysbiose intestinale, plusieurs mécanismes peuvent se combiner :
- déséquilibre des bactéries protectrices vs pro‑inflammatoires ;
- altération de la muqueuse intestinale ;
- augmentation de la perméabilité de la barrière intestinale (souvent vulgarisée sous le terme de « leaky gut ») ;
- passage dans le sang de fragments bactériens et de molécules alimentaires insuffisamment digérées ;
- activation du système immunitaire et production chronique de médiateurs inflammatoires.
Ce processus ne reste pas cantonné à l’intestin. Il peut impacter de nombreux tissus : pelvis, appareil génital, articulations, peau, système nerveux, etc. Dans cette perspective, les lésions d’endométriose seraient l’une des manifestations locales d’un terrain inflammatoire alimenté, en partie, par la dysbiose intestinale.
Relier l’endométriose à l’intestin : une cohérence clinique
Pourquoi tant de symptômes digestifs ?
Un grand nombre de patientes décrivent des symptômes digestifs associés :
- ballonnements importants, parfois dès le début du repas ;
- douleurs abdominales, sensation de ventre « dur » ou inflammé ;
- constipation, diarrhée ou alternance des deux ;
- sensation de ne jamais digérer « légèrement ».
Ce tableau peut évoquer une colopathie fonctionnelle ou un syndrome de l’intestin irritable, mais il est aussi très compatible avec une dysbiose. Si l’on se contente de regarder le bassin et les organes gynécologiques, on risque de passer à côté de cette dimension intestinale et de ses possibilités thérapeutiques.
Douleurs pelviennes et douleurs diffuses
Dans une approche centrée sur l’inflammation, les douleurs pelviennes ne sont plus seulement le reflet d’un “problème local”, mais le résultat d’un cerveau et d’un système nerveux qui reçoivent en permanence des signaux d’inflammation. Lorsque ce terrain s’installe :
- les douleurs peuvent devenir plus diffuses ;
- la sensibilité à la douleur augmente ;
- les variations hormonales du cycle peuvent amplifier un terrain déjà enflammé.
C’est ce qui explique que certaines femmes ressentent une aggravation de leurs douleurs digestives, articulaires ou musculaires en lien avec le cycle, sans que tout soit explicable par les seules lésions endométriosiques visibles à l’imagerie.
Qu’est‑ce que cette vision change concrètement ?
Ne plus réduire la prise en charge à la chirurgie et aux hormones
La chirurgie et les traitements hormonaux peuvent être utiles, parfois indispensables, mais ils ne s’attaquent pas nécessairement au terrain inflammatoire de fond ni à la dysbiose intestinale. En considérant l’endométriose comme une maladie inflammatoire d’origine intestinale, on ouvre d’autres axes de travail :
- apaiser et rééquilibrer le microbiote ;
- réparer la barrière intestinale ;
- réduire la charge inflammatoire via l’alimentation et l’hygiène de vie ;
- mieux comprendre l’apparition de symptômes extra‑pelviens (digestifs, articulaires, fatigue, etc.).
Réintroduire le rôle central de la nutrition et de l’hygiène de vie
Si l’intestin et le microbiote jouent un rôle clé dans le terrain inflammatoire, alors la nutrition, la gestion du stress, la qualité du sommeil et le rythme de vie ne sont plus de simples « compléments », mais des leviers centraux. Il ne s’agit pas de promettre une “guérison miracle” par l’alimentation, mais de reconnaître que, chez beaucoup de femmes, agir sur l’intestin peut :
- réduire l’intensité des douleurs ;
- améliorer le confort digestif ;
- apaiser certaines douleurs articulaires ou diffuses ;
- soutenir l’énergie au quotidien.
Vers une nouvelle manière de penser et d’accompagner l’endométriose
Changer de paradigme
Considérer l’endométriose comme une maladie inflammatoire systémique d’origine intestinale ne nie pas la dimension gynécologique. Au contraire, cela l’intègre dans un cadre plus large, où l’utérus, les ovaires et le pelvis sont en interaction permanente avec l’intestin, le système immunitaire, le microbiote et le système nerveux.
Ce changement de regard est essentiel pour les femmes qui ne se reconnaissent pas dans une vision purement gynécologique, parce que leur corps leur parle autrement : par l’intestin, les articulations, la fatigue, la sensibilité aux aliments. En les écoutant, on commence à percevoir la cohérence d’une maladie qui dépasse le seul appareil génital.
Les prochaines étapes : approfondir le lien intestin–endométriose
Dans les prochains articles, nous détaillerons plus précisément :
- ce qu’est la dysbiose intestinale et comment elle se manifeste ;
- les liens entre colopathie, endométriose et douleurs pelviennes ;
- le rôle de la nutrition anti‑inflammatoire dans la prise en charge globale ;
- la connexion entre endométriose, douleurs articulaires et inflammation de bas grade.
L’objectif : vous offrir une compréhension plus globale de l’endométriose et ouvrir des pistes concrètes pour agir, en tenant compte du rôle central de l’intestin et de l’inflammation systémique.